Ecrivain, journaliste culturel et figure montante de la scène littéraire congolaise, Grady Bizaki s’illustre par son engagement en faveur des lettres contemporaines en RDC. Actif au sein du collectif « Les Jeunes Talents » et initiateur de plusieurs projets littéraires à Kinshasa et Lubumbashi, il contribue avec passion à la dynamisation du paysage culturel congolais.
Déjà auteur de poésie (Les larmes d’un poète éthique), d’essai (Nul ne peut s’échapper de son quotidien) et de nouvelles, Grady fait une entrée remarquée dans le roman avec une œuvre au titre percutant « J’ai horreur de belles femmes». Un livre qui ne cherche pas à plaire, mais à déranger et à faire réfléchir.
Votre roman J’ai horreur de belles femmes s’annonce comme le premier volet d’une trilogie. Pourquoi ce titre si provocateur et quel message cache-t-il ?
«J’ai horreur de belles femmes» fait partie d’une trilogie de romans que j’ai écrits. Il a été le premier à être proposé à l’édition. Les deux autres suivront. C’est une histoire d’amour personnelle. Je sais que beaucoup seront interpellés par ce mot, mais pour moi, » personnel « .signifie aussi une histoire que peuvent avoir vécue mes proches, mon entourage ou ceux qui me liront. D’où la présence du « je » dans la narration. Le roman est en soi une réponse à la question du titre, car j’y ai longuement réfléchi tout au long de son écriture, notamment à travers les discussions avec mon éditeur.
Ce roman est présenté comme provocateur, voire dérangeant. Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire une œuvre qui ne cherche pas à plaire ?
« Je ne voulais pas plaire à tout le monde. J’ai voulu écrire une histoire qui interroge le regard que la société porte sur la beauté, le désir et le plaisir masculin. Beaucoup savent que ce désir est souvent conditionné par une certaine idée de la beauté, mais reste à savoir ce qu’est vraiment cette beauté. Je voulais écrire une histoire qui me parle d’abord à moi, à laquelle je sois attaché. Je pense que tous les livres ne sont pas faits pour séduire. J’aime les livres qui bousculent, qui provoquent, qui s’adressent à une minorité plutôt qu’à la masse. Ce roman ne flatte pas le lecteur et ne suit pas les codes habituels du récit d’amour. Il aborde la solitude, les normes sociales, et la pression autour de l’apparence. Je voulais que le lecteur s’arrête, réfléchisse, pas seulement qu’il tourne les pages. Pour moi, la vraie beauté réside dans le naturel et l’acceptation de soi. Ce roman est aussi un plaidoyer pour cette authenticité»
Après la poésie, l’essai et la nouvelle, que vous a apporté ce passage au roman ? Et que réserve la suite de la trilogie ?
« Le roman m’a permis de pousser plus loin l’expérimentation littéraire. Créer des personnages, les façonner, les confronter à leurs contradictions est un exercice libérateur. Ce premier tome m’a ancré dans une fiction plus longue, plus complexe, où je peux explorer davantage la profondeur des émotions. Écrire sur des thèmes sensibles n’est jamais facile. Il faut sans cesse composer avec sa propre sensibilité. Or, plus on est sensible, moins on pense. Et en Afrique, la sensibilité est souvent assimilée à la culture, ce qui peut être problématique. Moi, je voulais simplement raconter une histoire vraie, ancrée dans le vécu, le mien ou celui des autres».
« Pour moi, la beauté, c’est l’acceptation de ce que l’on est. Être naturel, s’accepter tel qu’on est noir, blond ou marron c’est une forme de fierté. Le deuxième volet est presque prêt. Le mystère de la poitrine de l’auteure de l’éditeur. Oui, encore un titre intrigant (sourire). Je reste dans cette veine d’une littérature qui surprend, qui pique, mais qui pousse à réfléchir»
J’ai horreur de belles femmes» est disponible aux Éditions Feuilles folles, à Lubumbashi. Un roman court (un peu plus de 100 pages), mais dense, à découvrir pour celles et ceux qui aiment une littérature hors des sentiers battus.
La rédaction



