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« Liboké » dans le « Larousse » : une reconnaissance symbolique et culturelle de la mémoire congolaise

L’entrée du mot « liboké », issu du lingala, l’une des quatre langues nationales de la République démocratique du Congo, parmi les 150 nouveaux termes de l’édition 2026 du Petit Larousse illustré dont la parution est prévue le 22 mai 2025, marque un moment de reconnaissance culturelle fort du Pays et, plus largement, pour les cultures d’Afrique centrale.

Ce terme désigne une préparation culinaire traditionnelle, où poisson ou viande sont assaisonnés, enveloppés dans des feuilles de bananier puis cuits à l’étouffée. Une pratique qui va bien au-delà de la cuisine : le liboké symbolise la lenteur, la convivialité et un lien profond à la nature.

Ce geste lexicographique a une forte portée symbolique. En reconnaissant un mot du quotidien congolais, le Larousse acte une ouverture de la langue française vers les réalités francophones extra-européennes. Il en fait un espace plus inclusif, en phase avec les usages et les héritages culturels de millions de locuteurs.

Le Président Félix Tshisekedi, dans son discours sur l’état de la nation le 13 décembre 2021 devant les deux chambres du parlement, affirmait :
« C’est pourquoi, j’en appelle toujours à plus de solidarité, fondement de notre culture et socle de nos valeurs ancestrales. Ce Congo que nous aimons tous».

Cet appel résonne dans la reconnaissance de liboké, qui incarne justement cette solidarité et ces valeurs communautaires enracinées dans la culture congolaise.

L’intégration de ce mot dans le dictionnaire ne relève pas d’une simple curiosité gastronomique. Elle révèle un basculement dans la manière dont la langue française intègre les expressions des cultures africaines.

C’est une victoire symbolique : elle consacre l’imaginaire et le savoir-faire congolais dans un espace linguistique global. Le liboké devient un bien commun lexical, partagé désormais par tous les francophones.

Cela invite à une réflexion plus large : comment traduire cette reconnaissance lexicale en actions concrètes ?
Elle devrait s’accompagner de programmes éducatifs, d’échanges culturels et d’une véritable promotion des langues africaines. Il est temps de sortir d’une francophonie à sens unique, trop souvent dictée par les centres, pour valoriser une francophonie vécue, polyphonique, ancrée dans les territoires.

Le liboké ne devient pas juste un mot français. Il devient le signe que la diversité culturelle est un enrichissement, que les mémoires populaires ont toute leur place dans le patrimoine mondial. Il témoigne que l’universel peut naître du local, de la feuille de bananier au Larousse.

Réflexion du journaliste congolais Israël Indombe.

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