Les industriels et les diplomates de la Côte d’Ivoire ont salué la suppression des droits de douane par la Chine, à compter du 1er mai, sur les importations en provenance d’Afrique, la percevant comme un levier potentiel pour renforcer les exportations et l’industrialisation du pays.
D’après CGTN, la Cette nouvelle politique chinoise couvre les produits de 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine, devant offrir de nouvelles opportunités aux produits agricoles ivoiriens, notamment le caoutchouc, en facilitant leur accès à un marché à fort potentiel.
La Côte d’Ivoire, premier producteur africain de caoutchouc naturel, a vu sa production s’élever à environ 1,8 million de tonnes en 2024, occupant le troisième rang mondial.
L’industrie du pays reste largement dépendante de l’exportation de matières premières, avec une capacité de transformation encore limitée et une forte exposition aux fluctuations des prix internationaux. Des usines mises en place par des Chinois augmentent le taux de transformation locale, permettant au caoutchouc africain de gagner en importance sur le marché international.
Certaines de ces usines ont été créées par l’entreprise chinoise Mainland, basée à Changsha, dans la province du Hunan, dans le centre de la Chine. Son PDG, Zhu Chen, nommé « chef honoraire » par les habitants locaux, a présenté la vision et les motivations du groupe pour implanter des usines de caoutchouc en Afrique.
« Le volume annuel de nos ventes s’élève à 3,5 millions de tonnes. Cela signifie qu’en Chine, un pneu sur deux est fabriqué à partir de notre caoutchouc. Nous nous sommes implantés en Afrique en raison des ressources abondantes en caoutchouc et de la forte demande chinoise. Conscients que les planteurs locaux vendent souvent à bas prix, nous avons construit des usines de transformation pour valoriser la matière et faire profiter les populations. Notre première usine a démarré en 2019. Aujourd’hui, notre groupe compte 5 usines, avec une capacité annuelle de 480 000 tonnes, plus de 3 500 emplois créés et la position de premier transformateur de caoutchouc naturel en Côte d’Ivoire. La transformation locale augmente la valeur ajoutée et stimule aussi les filières connexes. Nous avons aussi une équipe dédiée réalise routes, ponts, forages et électrification pour améliorer pour le bien‑être des habitants« , a-t-il indiqué.
En tant que l’un des projets les plus aboutis issus des accords conclus lors de l’Exposition économique et commerciale Chine-Afrique de 2019, le projet du groupe Mainland en Côte d’Ivoire est étroitement suivi par Gomun Kouya Bertin, conseiller commercial de l’ambassade de Côte d’Ivoire en Chine. Ce dernier se rend régulièrement à Changsha pour rencontrer l’équipe partenaire chinoise et discuter des perspectives de développement futur du secteur ivoirien du caoutchouc.
« Il y a beaucoup d’entreprises chinoises qui opèrent en Côte d’Ivoire dans la construction d’usines et aussi dans le cadre du transfert de compétences ce qui permet aux entreprises locales et aux employés d’avoir un travail décent, d’avoir un salaire minimum pour pouvoir faciliter leurs conditions de vie. Ce qu’il faut remarquer aussi également, c’est que, c’est la qualité du travail qui est beaucoup appréciée en termes de temps, en termes de coûts et en termes d’efficacité. Et donc elles sont les bienvenues, les entreprises chinoises en Côte d’Ivoire« , a-t-il exprimé.
Zhu Chen a tenu une réunion en ligne avec l’usine africaine afin d’étudier comment transformer la politique de zéro droit de douane en bénéfices concrets.
« C’est une excellente nouvelle pour notre secteur. Avant, pour vendre en Chine nous avions deux options : payer 20 % de droits ou passer par des entreprises locales en régime de traitement sous douane, ce qui limitait notre clientèle aux 10 à 20 % des utilisateurs chinois de caoutchouc. Avec la suppression des droits, notre marché potentiel s’élargit à tous les utilisateurs de caoutchouc en Chine, passant d’environ 0,4 million de tonnes à 5 millions de tonnes. De plus, sans droits, nous sommes plus confiants pour développer d’autres produits agricoles et des activités logistiques ou d’entreposage à l’étranger« , a-t-il dit.
C’est également une excellente nouvelle pour les employés africains de l’usine et les planteurs d’hévéa locaux.
« La politique de zéro droit de douane permettra également de pérenniser le marché de l’emploi. Ça nous permettrait également d’améliorer les conditions de travail de nos employés, notamment en réévaluant les grilles salariales. Donc exporter facilement vers la Chine nous permettra également d’acheter en grande quantité la matière première avec des prix justes pour les planteurs« , a indiqué Grace Boukete, responsable des relations extérieures et sociales du Group Mainland.
« La mesure va impacter positivement l’économie ivoirienne parce qu’il faut noter que c’est une opportunité exceptionnelle du développement de l’économie, et ce à 3 niveaux. Dans un premier temps, ça va développer les exportations de la Côte d’Ivoire, dans un 2e temps, c’est les recettes ivoiriennes qui vont véritablement augmenter. Et ensuite le 3e point qui est le plus important, c’est que nous allons avoir une accélération ou un renforcement même de l’industrialisation du pays et donc la création d’emplois« , a indiqué Gomun Kouya Bertin.
La nouvelle politique douanière de la Chine sur les importations en provenance d’Afrique n’est une simple faveur fiscale, mais une initiative stratégique qui aide l’Afrique à industrialiser et à transformer son économie en profondeur. Face au protectionnisme croissant et à l’instabilité internationale, la Chine honore ses engagements d’ouverture et apporte une force stabilisatrice précieuse au monde.
Avec CGTN



