L’artiste congolais Joel Vuningoma, à la fois comédien et chanteur, a plaidé pour un théâtre davantage tourné vers le peuple et les réalités sociales de la République démocratique du Congo.
Selon lui, le théâtre demeure « une représentation de la vie, une manière de coexister dans une existence préexistante », saluant l’intérêt croissant observé autour du sixième art en RDC.
Pour cet artiste, cet engouement constitue le signe d’une renaissance progressive d’une forme d’art que certains pensaient en déclin.
« Des années sombres se sont écoulées, les scènes se sont refermées et la morale a connu une baisse, mais la nouvelle génération a posé un geste de survie là où beaucoup ne voyaient que l’oubli », a-t-il fait savoir.
L’artiste estime que cette nouvelle dynamique culturelle témoigne de la résistance d’une génération décidée à revaloriser le narratif culturel congolais.
« Aujourd’hui, le plaisir est grand pour moi d’appartenir à cette nouvelle ère, à ce temps qui nous rappelle jour après jour que résister est la seule formule capable de proposer un exister », a-t-il déclaré.
Abordant les défis du secteur, il a soulevé la question des ressources financières nécessaires au développement et à la mobilité des œuvres théâtrales.
Il a, à cet effet, posé deux questions qu’il juge fondamentales : « Pourquoi faisons-nous le théâtre ? Pour qui faisons-nous le théâtre ? ».
Selon lui, ces interrogations sont essentielles pour mieux orienter l’avenir du théâtre congolais et encadrer la nouvelle génération ainsi que celles à venir.
A Kinshasa, plusieurs centres culturels nationaux et privés ayant longtemps contribué à la promotion du théâtre ont fermé leurs portes au cours des dix dernières années, a-t-il rappelé.
En parallèle, des institutions culturelles étrangères, notamment l’Institut français et le Centre Wallonie-Bruxelles, ont renforcé leur présence dans la capitale.
Si cette implication est saluée, l’artiste a toutefois dénoncé une centralisation des activités culturelles dans la commune de Gombe.
« Si nous faisons le théâtre pour dénoncer les maux de la société, ce n’est pas uniquement dans des salles fréquentées par des expatriés et des artistes que le message aura un réel impact, en ignorant le peuple qui constitue pourtant notre cible primordiale », a-t-il souligné.
Joel Vuningoma a également insisté sur la question de la langue comme facteur clé du développement du secteur.
Selon lui, le recours systématique au français dans les productions théâtrales limite parfois la portée du message auprès de certaines couches de la population.
« Faire le théâtre en français ne veut pas dire qu’on le fait pour le Congolais », a-t-il affirmé, plaidant pour une plus grande place accordée aux langues nationales afin de rapprocher davantage le théâtre du public populaire.
T. Basilubo



