Près de 500 journalistes ont été arrêtés ou détenus dans la région des Grands Lacs au cours des dix dernières années en raison de leur travail. C’est ce que révèle le rapport « Dans la peau d’un journaliste dans les Grands Lacs », publié jeudi 26 mars par Reporters sans frontières (RSF) lors d’une conférence de presse à Kinshasa.
Parmi ces arrestations, la moitié ont eu lieu en République démocratique du Congo. Le rapport précise que 111 journalistes ont été incarcérés plus de deux jours. Sont cités notamment Stanis Bujakera en RDC, Floriane Iraganbiye et des journalistes d’Iwacu au Burundi. Actuellement, deux journalistes sont toujours détenus au Rwanda Dieudonné Niyonsenga et Théoneste Nsengimana tandis qu’au Burundi, Sandra Muhoza est en liberté provisoire en attente de son jugement.
Selon RSF, l’Est de la RDC constitue l’épicentre des violences dans la région. Cette zone frontalière avec le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et la Tanzanie est marquée par des conflits impliquant le M23, les FARDC et d’autres groupes armés. Les journalistes y subissent des restrictions constantes, des menaces directes, des agressions, des disparitions forcées et des assassinats, le tout dans une impunité quasi totale.
Au cours des cinq dernières années, sept journalistes ont été assassinés dans la région des Grands Lacs, dont cinq en RDC, tous à l’Est.
Lors de la conférence, Jeanne Lagarde, responsable plaidoyer du bureau de RSF pour l’Afrique subsaharienne, a appelé les journalistes à la résilience.
« Il ne faut pas baisser les bras malgré ces obstacles. Il est extrêmement important que les populations accèdent à des informations fiables et de qualité », a-t-elle déclaré, en saluant des initiatives comme le fact-checking et l’émergence de nouveaux médias pour lutter contre la désinformation.
Le rapport souligne également des conditions économiques précaires. Les journalistes des radios communautaires gagnent environ 70 euros par mois, contre 155 à 215 euros pour d’autres professionnels de la région. Beaucoup cumulent plusieurs activités pour survivre.
Par ailleurs, dans tous les pays concernés, RDC, Rwanda, Ouganda, Burundi, Kenya et Tanzanie la liberté de la presse est jugée difficile ou très grave, avec un cadre juridique souvent utilisé pour criminaliser les journalistes sous des accusations comme atteinte à la sûreté de l’État ou diffusion de fausses informations.
T. Basilubo



