Dans un communiqué publié dernièrement à Kinshasa, le Réseau des Journalistes experts miniers (RJEM) a tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation environnementale causée par les entreprises minières dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, véritables poumons de l’activité extractive en RDC.
« Un drame silencieux aux conséquences humaines graves ». C’est en ces termes que le RJEM décrit la situation qui prévaut depuis plusieurs années dans ces deux régions, où l’exploitation minière intensive se fait au détriment des populations locales et de leur environnement.
Selon l’organisation, les communautés riveraines des sites miniers subissent quotidiennement les effets néfastes de rejets toxiques incontrôlés. Les cours d’eau, y compris les rivières et les nappes phréatiques, sont contaminés par des métaux lourds tels que le cuivre, le cobalt, le plomb et le cadmium. Les sols agricoles subissent une dégradation avancée qui rend toute activité agricole pratiquement impossible, tandis que l’air est pollué par des émissions de poussières toxiques et de gaz nocifs.
Un lourd tribut sanitaire
Les conséquences sur la santé des populations sont alarmantes. Le RJEM dresse un tableau préoccupant des pathologies observées : maladies respiratoires chroniques, affections cutanées, troubles gastro-intestinaux, malformations congénitales et intoxications liées à la consommation d’eau contaminée. Les femmes, les enfants et les personnes âgées paient le plus lourd tribut face à cette situation.
Au-delà du drame sanitaire, c’est tout un écosystème qui s’effondre. La biodiversité locale est détruite, certaines espèces animales et végétales disparaissent, et les communautés rurales s’appauvrissent, privées de leurs moyens de subsistance traditionnels. Des conflits sociaux éclatent régulièrement autour de l’accaparement des terres et de la dégradation environnementale.
« Il est inacceptable que l’exploitation des ressources minières, censée contribuer au développement national, se fasse au prix de la vie, de la dignité et de l’avenir des populations locales », a dénoncé avec force Appolinaire Kasonga Kabiena, président national du RJEM, dans le communiqué.
Face à ce constat accablant, le Réseau des Journalistes Experts miniers formule une série d’exigences à l’endroit des entreprises minières opérant dans le Haut-Katanga et le Lualaba. Il leur demande de respecter strictement les normes environnementales nationales et internationales, de mettre en place des systèmes efficaces de traitement des déchets miniers, et de réaliser des études d’impact environnemental et social transparentes.
L’organisation insiste également sur la nécessité de réhabiliter les sites miniers dégradés, d’indemniser équitablement les populations affectées, et d’associer les communautés locales aux mécanismes de surveillance environnementale.
Un appel pressant aux autorités
Le RJEM interpelle également le gouvernement congolais, les autorités provinciales du Haut-Katanga et du Lualaba, ainsi que les services compétents dans les secteurs des Mines, de l’Environnement et de la Santé. Il leur demande de faire appliquer la loi sans complaisance, de renforcer les contrôles environnementaux, et de protéger les défenseurs de l’environnement et les journalistes engagés sur ces questions.
L’organisation a exhorté les décideurs à placer l’intérêt des populations au-dessus des intérêts économiques à court terme et à sanctionner sévèrement les entreprises fautives.
Dans son communiqué, le RJEM tient à saluer la mesure punitive récemment prise par le ministère national des Mines, qui a suspendu jusqu’à nouvel ordre les activités de l’entreprise minière CDM pour des défaillances graves. Une décision que l’organisation considère comme un premier pas, mais qui doit être suivie d’autres actions fermes.
« La richesse minière de la RDC ne doit plus être synonyme de souffrance, de maladies et de mort pour ses citoyens. Il est temps d’agir avec responsabilité, transparence et justice afin de garantir un environnement sain aux générations présentes et futures », conclut le RJEM.
La rédaction
