L’Instance de coordination nationale de la société civile (ICNSC), en collaboration avec le programme Soins de santé primaires en milieu rural (Sanru), a tiré la sonnette d’alarme face à la crise des médicaments pour le traitement de la tuberculose, du VIH/Sida et du paludisme. Les ruptures prolongées mettent en danger des milliers de patients qui se retrouvent sans accès aux traitements essentiels. C’était lors d’une conférence de presse tenue hier vendredi 28 novembre à Kinshasa.
La directrice générale de la Ligue nationale anti tuberculose (LNAC), Ghislaine Mabeluanga, a exprimé son inquiétude face à cette situation : « Les médicaments tardent à arriver, les malades s’accumulent sans traitement», a-t-elle alerté.
Elle a également insisté sur le rôle stratégique des médias, affirmant : « Nous comptons sur les médias pour diffuser les messages qui toucheront les autorités, afin qu’elles prennent les décisions nécessaires et améliorent le budget de l’État alloué à la santé. On ne peut pas diriger un pays avec des personnes malades et des structures sanitaires qui ne fournissent pas des soins de qualité», a-t-elle affirmé.
La mobilisation a également été forte dans la province de la Tshopo, où la société civile et Sanru ont alerté sur la réduction drastique de 13 % des subventions des bailleurs internationaux.
Les acteurs du secteur de la santé ont souligné l’urgence d’un financement local accru pour éviter que le pays ne devienne totalement dépendant de l’aide extérieure.
Selon Jacques Ngalamulume, Coordonnateur national de l’ICNSC, les impacts de la baisse des financements sont déjà visibles. Il y a entre autres, les ruptures de stocks de médicaments, interruptions de traitements pour les tuberculeux et augmentation du risque de recrudescence épidémique. Ainsi, il a exhorté le gouvernement à inscrire durablement ces programmes dans les priorités budgétaires, soulignant que chaque jour de retard met en péril des milliers de vies.
Système de santé fragilisé par manque de financement
Depuis plusieurs années, dit-il, la RDC subit un retrait progressif des financements internationaux, notamment de l’USAID, du PEPFAR, de CDC Atlanta et d’autres bailleurs. Cette situation fragilise le système de santé, provoquant des ruptures d’antituberculeux, de tests de dépistage, de réactifs, de moustiquaires et d’antipaludiques, ainsi que des problèmes logistiques liés au transport des médicaments et au manque de carburant pour la Centrale de distribution régionale (CDR).
A en croire M. Ngalamulume, le budget national de la santé reste inférieur à 15 % du budget général, loin des engagements pris dans la Déclaration d’Abuja. « Pour 2025, la santé représente 13,05 % du budget général, contre 14,5 % en 2024. A Kinshasa, la Division provinciale de la santé a mobilisé seulement 372 705 USD sur les 469 298 USD prévus, soit un taux de réalisation de 79 %, dépendant largement des partenaires techniques et financiers», a-t-il renseigné.
Face à cette situation, l’ICNSC recommande un financement local pérenne pour garantir la continuité des soins, même en cas de retrait total des bailleurs internationaux. Elle propose l’intégration des interventions liées au VIH, à la tuberculose et au paludisme dans les budgets provinciaux et communaux, l’accélération de la mise en place du Fonds local de développement pour la santé et la dotation urgente de la CDR d’un camion de 20 tonnes pour acheminer les médicaments vers les structures sanitaires.
« Il est également essentiel de renforcer les capacités de stockage et d’assurer une prise en charge continue des patients. Le financement local n’est plus une option, mais une nécessité absolue. J’appelle les autorités provinciales et nationales à prendre des engagements concrets afin d’éviter l’effondrement du système de santé congolais, déjà fragilisé par la dépendance aux financements étrangers», a conclu M. Ngalamulume.
En marge de la conférence, les journalistes et responsables des médias de Kinshasa ont signé un acte d’engagement en faveur de la santé. Conscients de l’ampleur du problème, ils se sont engagés à sensibiliser les autorités, à rappeler l’urgence d’augmenter le budget local pour rendre disponibles les médicaments et à vulgariser la gratuité des intrants essentiels dans les formations sanitaires.
La rédaction.
